THE BAD STRANGER OF SUBWAY Elle s’en était aperçu un matin, juste sous le nombril qu’elle avait arrondi et qui faisait comme un pois chiche posé sur le ventre, trois petits poils noirs et durs étaient apparus pendant la nuit, elle en était tout à fait certaine car elle était de ce genre de femmes qui connaissent leur corps parfaitement, chaque recoin de peau, chaque grains de beauté comme des balises disposées là pour se repérer.
Ces trois poils noirs elle ne les connaissait pas.
Ils étaient alignés à la verticale et mesuraient chacun ½ centimètre environ, elle songea aux poils d’un animal, de ces gros rongeurs africains au pelage dur et piquant. De nature coquette, elle fronça les sourcils, s’arma d’une pince à épiler et arracha les trois intrus d’un geste bref, experte, avant de boutonner son jean et filer au bureau.
La journée fut épouvantable. Elle n’eut de cesse de caresser à l’endroit précis, du bout des doigts, voir si la chose avait bien été retirée. Mais à force d’effleurer, elle sentit bien au contraire que les poils étaient en train de repousser. Elle passa une bonne partie du jour enfermée dans les toilettes, à constater effrayée cette nouvelle pilosité qui rapidement vint à lui couvrir d’importantes zones de son corps, et lorsque la noire prolifération commença à lui manger les joues, elle s’échappa en courant, dévalant les escaliers de la tour comme si il lui était poussé des ailes, pour se réfugier chez elle, à l’abri de ses murs familiers. Si cette journée fut terrible, la nuit qui vint à suivre le fut plus encore.
Elle ne pouvait échapper au miroir et contemplait avec horreur les transformations indolores que subissait son corps. Lorsqu’elle appuyait son visage contre le verre, c’était pour regarder dans les yeux une bête folle, les pupilles, s’élargissant comme deux tâches d’encre dévorant du buvard, devinrent des lunes noires sans reflet qui tranchaient sur la pâleur de sa peau. De manière exceptionnelle, elle conserva sa raison une grande partie de la nuit fatale, nombreux auraient sombrés dans la démence, mais elle sut s’accrocher jusqu’au bout à ce qui lui restait de conscience, petite flamme logée dans un coin de son esprit, vacillante et fragile.
Au matin, il ne restait rien de son initiale forme. Elle était devenue un morcellement obscur de sauvagerie que l’on vit une dernière fois se faufiler, dans la poussière accumulée, entre les lattes de son beau plancher.